Cors de chasse_Apollinaire

Cors de chasse

 

Notre histoire est noble et tragique

Comme le masque d’un tyran

Nul drame hasardeux ou magique

Aucun détail indifférent

Ne rend notre amour pathétique

 

Et Thomas de Quincey buvant

L’opium poison doux et chaste

À sa pauvre Anne allait rêvant

Passons passons puisque tout passe

Je me retournerai souvent

 

Les souvenirs sont cors de chasse

Dont meurt le bruit parmi le vent

Question préalable_Aimé Césaire

Question préalable (Soleil cou coupé 1948)

 

Pour moi qu’on me serre la jambe

je rends une forêt de lianes

Qu’on me pende par les ongles

Je pisse un chameau portant

un pape et je m’évanouis en une rangée de ficus qui

très proprement enserrent l’intrus et l’étranglent dans

un beau balancement tropical

La faiblesse de beaucoup d’hommes est qu’ils ne

savent devenir ni une pierre ni un arbre

Pour moi je m’installe parfois des mèches soufrées

Entre mes doigts de boa pour l’unique plaisir de m’en-

flammer en feuilles neuves de poinsettias tout le soir

rouges et verts tremblant au vent

comme dans ma gorge notre aurore

Le Poids de l’ombre_Eugénio de Andrade

Cette femme, la douce mélancolie

de ses épaules, chante.

La rumeur

de sa voix me pénètre en plein sommeil,

elle est très ancienne.

Et m’aporte l’odeur acidulée

de mon enfance s’ébrouant au soleil.

Le corps léger presque de verre

 

Essa mulher, a doce melancolia

dos seus ombros, canta.

O rumer

da sua voz entra – me pelo sono,

é muito antigo.

Traz o cheiro acidulado

da minha infância chapinhada ao sol.

O corpo leve quase de vidro

 

Éditions de la Différence

La Chanson du Mort-Vivant_Casey

J’ai du mal à aimer, à trouver mes mots
Et le sommeil sans prendre de comprimés
Je suis inanimé, énormément abîmé
Probablement mort-né et déjà embaumé
Je n’ai le goût de rien, mais je sais le mimer
Et mon entrain n’est qu’un écran de fumée
J’ai toujours su très bien jouer à l’humain
Manier les banalités et les lieux communs
Mon prénom a été gommé du roman
J’ignore tout simplement où, quand et comment
Et pourquoi je me suis sur moi-même renfermé
Endormi apparemment pour un moment
Je ne suis ni exigeant, ni borné
Ni sournois, ni attachant, ni acharné
Ni content, ni méchant, ni charmant
Seulement peu concerné et désincarné
Comme à pas grand chose d’être interné
Ou l’invité d’honneur de mon propre enterrement
Détourné du monde, seul et épargné
Par ces petits bonheurs ou ces grands tourments
J’ai beau prendre le problème et le retourner
J’ai effectué un très gros travail sur moi
J’ai occupé la longueur de mes journées
Je ne ressens ni l’envie, ni l’émoi
Ni la peur, ni l’ennui, ni l’effroi
Ni la lenteur des heures, ni le compteur des mois
Pas une seule fois le poids des années
Même une bonne déprime m’aurait bien dépanné
Mais il n’y a que mon crane noyé dans le néant
Et mon corps broyé par un trou béant
Alors dites-moi comment être foudroyé
Sortir souriant, hilare et puis débraillé
Bâtir un foyer, y être choyé
Pouvoir bavarder sans bafouiller
Être le bon voisin ou le bon employé
Le bon mari, le bon ami à côtoyer
Ou ébloui par la nuit et ses néons
Le vent, la pluie, le soleil et ses rayons
Et j’ai essayé de crier mon tourbillon
Mais ma voix n’a pas pu ôter son bâillon
J’ai un bataillon d’histoires à vous détailler
De petits soirs sans festins ni cotillons
De gosses que je ne verrai jamais brailler
En se réclamant être de mon sillon
Donc si vous me voyez qui que vous soyez
Pitié, ne tentez pas de me réveiller
D’être bienveillant, de vous apitoyer
Car les morts-vivants ne savent pas s’émerveiller

 

(Sorry to have to put this piece under the category “read” because it has to be listened…)

논 이야기_채만식

결국 그러고 보니 나라라고 하는 것은 내 나라였건 남의 나라였건 있었댔자 백성에게 고통이나 주자는 것이지, 유익하고 고마울 것은 조금도 없는 물건이었다. 따라서 앞으로도 새 나라는 말고 더한 것이라도, 있어서 요긴할 것도 없어서 아쉬울 일도 없을 것 이었다. – 논 이야기 중에서 – 채만식