Portrait du poète en soufi_Abdelwahab Meddeb

Abdelwahab Meddeb

 

Portrait du poète en soufi – Berlin 2014

 

1.

ô souffle ô voix

ô saveur ô parfum

l’eau que la bouche donne et reçoit

la fleur qui dans l’oreille bruit

le jardin où les mains sont fleurs

le nombril que l’oeil boit

 

2.

deux corps qui dansent

comme deux ailes

qui propulsent une mouette

au-dessus du port de Tanger

l’oiseau se pose sur une borne de fer

avant de s’envoler

les ailes claquent

laissant derrière

une plume gris perle

qui vrille et voltige

 

3.

et des heures à frotter la chair dans la chair

et les idées soufflent sur les braises d’une parole

prise sans fard dans une langue sans grammaire

la richesse des sons donne raison aux corps

qui courent à la recherche du cri ils halètent

pour parvenir peut-être à l’aiguade au salut

chaque fois qu’il se retrouve dans cette chambre

il l’emporte sur ses épaules en la quittant

 

 

54.

décembre en Martinique

avec Édouard Glissant

& Patrick Chamoiseau

le corps sismograph

se parant diamantaire :

 

fantômes nuées qui traînent

à l’aurore

 

puissant mer

force sûre

que le roc mesure

vert noir diamant

merles et autres ventrus d’or

au plus près de la main

 

l’heure est sainte

s’y insinue le chat chasseur

 

au-dessus de ses pas

l’oiseu se lève

de juste distance

hors la portée du bond

 

…..

 

55.

tombeau d’Aimé Césaire (1913-2008)

cimetière La Joyaux à Chateauboeuf

Fort-de-France

 

verticale…

 

62.

j’abandonne mon corps à l’eau de pluie

béni par le ciel qui me lave

et m’approche de celle dont je n’ai touché

que la main et le coude ah la touche

qui consume d’ardent désir

perle déjà percée que je pénètre

la nuit ébloui par l’éclat de ses lueurs

 

87.

le sublime atteint au Yosukgung

vieille maison (à Gyeongju)

des maisons sur cour bâties en bois papier et paille

quel périple pour le goût

panoplie de bouchées

peut-être une vingtaine

enchaînant poissons fruits de mer

viandes rouges et blanches

feuilles fleurs champignons

racines légumes herbes

variant le croquant le moelleux

le glaireux l’élastique le filandereux

entre le cru le semi cuit et l’archi cuit

(comme ce bœuf en pot-au-feu ramené à une pelote de fils)

le tout agrémenté de soupe et de consommé

entre choux radis navet tofu

c’est un itinéraire ponctué de haltes

une pour chaque bouchée

qui affine le lien entre l’aigre le doux le piquant

le lisse le rugueux l’astringent

l’amer le mielleux l’âpre

le passage de l’un à l’autre

tantôt modéré tantôt radial

parfois l’un fond sur l’autre

d’autres fois le contraste retentit

entre l’attaque et la défense le tissu réagit

gencives palais langue s’exposent

l’organe du goût inscrit en sa mémoire

une musique qui aménage ses crescendos

comme avec le poisson séché fumé salé

traversant la frontière du pourri

épreuve de l’étranger

(ce goût agressif dure hégémonique

il contraste avec la diversité des nuances

qui offrent sur d’autres points du parcours

leurs délicatesses

  • mais ces nuances ne sont pas abolies

par cette intrusion elles se réservent

et prennent le temps de réapparaître

en s’adaptant au nouveau climat

qu’instaure le pourri une fois admis)

 

88.

Tongdosa Cheonwangmum

D’une pagode à l’autre de l’un à l’autre degré

 

……………….. to be read

 

 

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